L’accident

Le 11 octobre 2005 réveil à 6h, faut que j’aille au taf, gros chantier à faire en plus. Je regarde dehors et quel temps de m…*%¤ !!! Brouillard épais !!! Faudra que je roule doucement. Je pars vers 6h30 de l’appartement de ma copine pour me rendre au mien et récupérer mon véhicule de service. Je monte sur ma bécane, sort de la ville, arrive en forêt et c’est la galère avec ce temps, pas d’essuie glace pour enlever le crachin du brouillard sur la visière mais seulement les gants. Et d’un coup …

boom

… plus rien !!! Jusqu’à mi-décembre, je ne sais pas ce qu’il c’est passé suite à un coma de trois semaines. Donc octobre à décembre 2005 j’ai complètement zappé. Plus aucun souvenir, même en étant conscient je n’était pas là. Les médecins ne se prononçaient pas suite au polytraumatisme. Au début ils pensaient à une hémiplégie gauche, mais le diagnostic a changé. Quand je me suis réveillé, j’étais allongé dans une chambre d’hôpital avec des broches dans la hanche, un bras paralysé, devant rester couché pendant de longues semaines.

Extrait du certificat médical initial à l’admission au C.h.u :

  • un traumatisme crânien grave avec lésions axonales diffuses et hémorragie sous arachnoïdienne
  • un traumatisme thoracique avec une contusion pulmonaire bilatérale et un pneumothorax droit
  • une fracture du cotyle gauche
  • une fracture du radius et du cubitus à gauche
  • une fracture de la styloïde cubitale gauche
  • une plaie du genou gauche

Au cours des visites quotidiennes de mon amie et de ma famille, ils me rapportèrent ce qu’il s’était passé suite à la procédure “accident corporel de la circulation routière” établi par la police. La chance que j’ai eu ( dans la malchance ) c’est qu’un véhicule de la DDE suivait et a pu à ce moment gérer la circulation ( merci à la DDE ), puis les pompiers et la police, ils ont fermé la route le temps de m’évacuer, et prendre le témoignage des personnes qui se faisaient doubler ( merci à eux ).”

Extrait du Pv :

Nature des faits : “Accident corporel de la circulation entre une motocyclette et un véhicule léger. Ce dernier entreprend le dépassement de deux véhicules qui le précède malgré une faible visibilité. Lors de la manœuvre de dépassement le conducteur de la voiture est surpris par la présence d’une lueur venant en face de lui. Il tente une accélération afin de se rabattre mais percute de plein fouet la moto venant en face qui circule normalement. Le pilote de la moto est projeté à une quarantaine de mètres du point de choc, il est gravement blessé et est conduit par les sapeurs pompiers au C.h.u d’ Hautepierre.

Le conducteur de la voiture reconnaît qu’il roulait très vite alors que la visibilité était réduite.

schema

Tests alcool et stupéfiants :

Conducteur de la voiture : alcool négatif, produit stupéfiant positif 0,8ng/ml

Déclaration du conducteur de la voiture:

“Ce jour alors que je conduisais mon véhicule et suivais deux véhicules, à savoir une camionette de la DDE et une autre voiture dont j’ignore la marque. J’étais derrière ces deux véhicules depuis quelques kilomètres, j’avais déjà l’intention de les dépasser, ils roulaient environ à 80 km/h, on était tous dans le brouillard et je pouvais clairement voir à 10 ou 15 mètres. Comme j’étais derrière les voitures je ne pouvais pas bien aprècier les distances. Disons qu’au moment où j’effectuais le dépassement des deux véhicules qui me précèdaient, je ne voyais aucun véhicule venir en face de moi. Au moment où j’ai déboité, je n’ai rien vu en face, et une fois sur la voie de gauche j’ai aperçu une lueur très faible qui paraissait très éloigné. J’avais même pas pensé à une moto, je croyais que c’était une voiture très loin. A ce moment précis j’étais environ à 100 km/h j’ai immédiatement accéléré quand j’ai vu la lueur afin de me rabattre devant les véhicules que je dépassais. Au dernier moment j’ai vu une seule lumière et j’ai percuté la moto qui arrivait en face de moi. Je ne sais pas qu’est ce qui à percuté le pare brise de mon véhicule, je ne sais pas si c’est la moto ou son conducteur. Je me suis déporté sur la gauche, j’ai percuté le rail de sécurité, j’ai paniqué avec les pédales et je ne voyais plus rien. J’ai parcouru une centaine de mètres puis je me suis arrêté tout seul. Je suis descendu et j’étais un peu perdu. Avec les conducteurs des autres véhicules, nous sommes allés à la recherche du blessé. Nous avons mis beaucoup de temps à le trouver car on ne voyait pas grand chose avec le brouillard. J’étais sur le chemin de la Fac et devais y être à 8h. Ce matin je n’étais pas fatigué, bien réveillé. Hier soir vers 18h30 j’ai fumé un joint d’herbe de canabis à mon domicile. Je suis désolé, c’est vraiment exceptionnel, je m’en veux. Je reconnais les infractions que vous me reprochés, à savoir la mise en danger d’autrui, circulation à grande vitesse par temps de brouillard. Je souhaite que la personne blessé se rétablisse très vite.”

1er témoignage :

“Je me trouvais derrière un camion de la DDE et entre nous se trouvait un véhicule dont j’ignore la marque. Nous roulions à vitesse réduite à cause du brouillard et on ne voyais pas à plus de 10 mètres. Circulant à une distance de 20 mètres derrière le camion, je ne pouvais rien voir, je précise encore une fois qu’on ne voyait pas grand chose. A un moment j’ai vu les feux arrières du véhicule qui se trouvait devant se déporter sur la voie de droite. Je n’ai pas vu le choc, j’ai juste vu que le véhicule devant moi s’arrêtait sur le bas côté à gauche de la route. Le camion de la DDE à mis ses warning, je me suis arrêté, le conducteur du camion m’a demandé mon portable pour alerter les secours. L’épaisseur du brouillard ne m’a pas permis de voir s’il y a eu un accident à coté de moi. Je me pose la question à savoir pourquoi cet automobiliste a effectué un dépassement alors qu’on ne voyait rien. Nous avons mis longtemps avant de retrouver le blessé. C’est avec la lueur des phares des véhicules qui circulaient que j’ai vu un certain moment de la fumée dans l’herbe. Là on a retrouvé la moto et un peu plus loin le blessé. Puis les secours sont arrivés. Je n’ai plus rien à ajouter.”

2ème témoignage :

“Aux environs de 6h55, je roulais entre 80 et 90 km/h, avec une visibilité moyenne de 60 mètres, le brouillard était assez dense. Derrière moi, depuis deux ou trois kilomètres, un véhicule ou se trouvait une dame me suivait sans intention de me dépasser. Elle avait même respecté les distances de sécurité. Nous roulions vraiment tranquillement. Tout à coup dans mon rétroviseur je constate qu’une voiture était entrain de nous doubler. En regardant de suite vers l’avant j’ai tout de suite vu une lumière se rapprocher de nous. J’ignore encore la distance où elle se trouvait et la vitesse à laquelle elle roulait. En quelques secondes j’ai réalisé que c’était une moto, et à ma hauteur à savoir du côté de la portière passager de mon véhicule, j’ai vu des étincelles et c’est là que j’ai réalisé que le véhicule qui nous dépassait avait percuté de plein fouet la moto qui arrivait en face. Je me suis immédiatement arrêté, j’ai mis mes feux de détresse, j’ai pris mon portable pour appeler les secours, malheureusement je n’avais pas de réseaux, je suis sorti de mon véhicule pour rejoindre la conductrice du véhicule qui me suivait. Cette dernière n’avait toujours pas compris qu’il venait de se produire un accident à nos cotés. C’est moi qui a pu joindre téléphoniquement les secours avec son portable. En même temps je lui ai demandé de faire la circulation, de trouver un pompier ou une infirmière sur les lieux. En pleine conversation avec les secours est arrivé un gendarme, c’est lui qui à confirmé aux secours le lieux de l’accident. Je lui ai demandé avec sa moto d’éclairer les alentours afin de localiser le motard. Puis ils ont trouvé le blessé à une cinquantaine de mètres du point de choc. Ensuite heureusement pour nous les secours sont arrivés rapidement. J’ai ensuite prévenu mes collègues de la DDE pour m’aider à faire la circulation. Je n’ai plus rien à ajouter”

Audition du conducteur de la voiture :

Dépistage positif avec taux de tétrahydrocanabinol de 0,8 ng/ml. “Je souhaite m’expliquer sur ces résultats. La veille de l’accident le lundi 10/10/2005 j’avais fumé de l’herbe. Le dimanche après-midi deux ou trois autres. Cette consommation n’est pas vraiment représentative de mes habitudes. Je suis un fumeur occasionnel, j’estime ma consommation à deux ou trois joints par mois alors que par le passé je fumais beaucoup plus. J’avais arrêté car la drogue nuisait à mes ambitions. La semaine avant l’accident j’avais acheté de l’herbe pour 60 €. Je ne souhaite pas communiquer l’identité de mon dealer. Je n’ai plus cette drogue sur moi, en effet je l’ai jeté sur le bas côté de la route tout de suite après l’accident avant que les secours arrivent sur les lieux. Je n’ai plus rien à déclarer.”

Mise en garde à vue :

Nous notifions au conducteur de la voiture qu’il à commis ou tenté de commettre des blessures involontaires avec ITT de plus de trois mois sous l’emprise de stupéfiants sur le motard. Il est placé en garde à vue à compter du 8 novembre 2005 au moment de sa comparution volontaire pour une durée de 24 heures. L’intéressé déclare “je ne désire pas faire venir un membre de ma famille ou mon employeur, je ne désire pas faire l’objet d’un examen médical…”

En résumé :

Choc quasi frontal voiture contre moto, la vitesse de la voiture retenue par la police était de 110 Km/h, et pour moi en moto 70 Km/h. Résultat : Le jeune, fautif à 100%, a eu quelques petits bobos alors que moi, en moto, j’ai fait on vol plané de 43 mètres après avoir percuté le pare brise de la voiture, ma hanche et le cotyl ont cassé lorsque mon genoux a tapé l’aile avant de la voiture ( mon casque, ma veste en cuir avec protection dorsale, épaule et mes gants m’on très bien protégé !!! Mon père m’a toujours dit : “Il faut toujours bien s’habiller quand on roule en moto, va mettre ta veste !!!”, et il avait raison de me forcer la main, merci à lui. Alors les gars en T-shirt, même pour faire 500 m, on s’habille, on sait que vous savez rouler, mais votre t-shirt sur du macadam ne fera pas le poid !!!) En plus, au moment du choc, ma main gauche a été coincée entre la poignée, l’embrayage et l’aile avant de la voiture. Les coques en kevlar des gants ont réparti la préssion sur ma main et ont sûrement évité d’avoir les doigts de broyé. Mon bras a subi un tel étirement que les nerfs qui permettent au bras de bouger se sont arrachés au plexus brachial. Un peu plus, et c’était mon bras entier qui partait. Ensuite, j’ai été réanimé par les pompiers d’Haguenau (Merci à eux) pour qu’ils puissent me transporter vers le CHU d’Hautepierre : deux nuits entre la vie et la mort puis trois semaines de coma. Mon artère fémorale à été sectionnée quand ma hanche gauche et mon cotyle ont cassé en plusieurs morceaux,le nerf sciatique lui aussi à été endommagé, grosse entorse à la cheville gauche, ligaments du genoux arrachés, importante plaie ouverte, multiples hématomes à la main gauche, quasiment tous les nerfs du bras arrachés à la racine ( plexus brachial ), un lourd traumatisme crânien et le décollement de la plèvre au niveau de la cage thoracique ( pneumothorax )…

 

Et pour ma veste, elle a bien tenu le coup mais n’à pas résisté aux pompiers :

 

 

Première peine :

Suspension du permis de conduire durant un mois pour le responsable de l’accident

Décision du tribunal :

L’audience s’est déroulée deux années après, c’était très rapide, une demie heure à tout casser, la peine maximum a été donné au chauffard, c’est à dire annulation du permis, interdiction de le passer avant trois ans et 18 mois de prison avec sursis. Mes trois permis de conduire VL, PL et moto m’ont été suspendus de suite, je suis devenu piéton pendant deux ans le temps de passer devant un inspecteur de la sous-préfecture pour qu’il puisse évaluer ma capacité à pouvoir conduire à une main et en voiture automatique. Par contre la personne fautive a eu le droit de continuer à conduire durant deux ans et après aucuns contrôle n’est fait pour s’assurer que la personne ne conduit pas !!! Donc ça ne sert à rien, c’est un grand foutage de gueule. Moi je suis hémiparésique le reste de ma vie, une peine bien plus lourde en tant que victime.
Et bien sûr, c’est considéré comme un accident de trajet et non un accident du travail. Je me rendais au boulot mais comme je ne m’étais pas déclaré habiter chez ma copine que je connaissais depuis 3 semaines, ce n’est pas un accident du travail. Je sortais du trajet le plus court entre mon domicile et le boulot. En tout cas, moi je connais pas beaucoup de motards qui partent à six heures du mat faire de la moto dans un brouillard où la visibilité est inférieur à soixante mètres. Mais bon dans le coma, sans salaires, en locations … heureusement que mes parents ont pu assumer les factures et les copains motard se sont occupés de tout déménager au domicile de mes parents. Merci les mecs

Sécurité routière BBR

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