Comment bien freiner à une seule main ?

En juillet 2013 j’ai commencé à faire du vélo de route et essayé de trouver les meilleurs aménagements par rapport à mon hémiparaisie gauche. Je voulais rouler dans les meilleures conditions tout en prenant le moins de risques possibles. Cette semaine j’ai pu tester le tout nouveau frein Hope Tech 3 x2 Duo qui m’a permis de retrouver le freinage à une seule main sur deux étriers tout en pouvant choisir la puissance de freinage entre l’avant et l’arrière. Avec deux réservoirs à part, je ne risque plus de ne pas pouvoir freiner si une durite se perce ou fuit. Avant ce modèle j’avais un couplage sur une poignée et là je freinais avec plus de puissance sur l’avant et ne pouvais pas trop faire glisser l’arrière. Grâce au nouveau frein Hope et l’envie de Maxime d’aménager son vélo par rapport à son handicap je retrouve des sensations que je n’avais plus et peux maintenant m’adapter plus facilement au terrain. Merci à Ludo d’ Elsass Mtb Trails qui m’en a parlé en premier et a très bien pensé que ce serait top pour moi. Merci aussi à Christian du Hangar du cycle pour le montage de celui-ci.

La petite vidéo :

De plus près :

 

Et surtout un grand bravo à Maxime et Hope

Voici son histoire :

 

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Afin de compléter l’article de Chips dans ‘SingleTrack’ magazine n° 126 i, je voulais retracer (vu par le papa) l’histoire de Maxime créant ce frein, produit que j’aimerais voir un jour en vente.

Maxime et son handicap :

C’est vers l’âge de 3 mois que nous avons découvert le soucis de Maxime, qui lui a réduit l’usage de son bras droit. Au début, la rééducation est passée par de très nombreuses séances de kiné assurées par Fabienne.

Quand Maxime a été en âge de faire du vélo, nous avons utilisé ce prétexte pour en faire des séances de rééducation masquée. Lui ne faisait que du vélo, mais il devait tenir le guidon avec ses deux mains. Dès le début, son vélo a du être adapté. Sur son premier vélo enfant, seul le frein est passé de droite à gauche. Par la suite les modifications ont été plus importantes.

Sur son premier VTT, il ne pouvait pas tourner la poignée pour changer de vitesse. Un vendeur du magasin Décathlon à Besançon nous a proposé une idée qu’il avait mise en place pour un précédent client : monter des cornes en aluminium, démonter la poignée tournante de droite puis la remonter sur la corne de gauche. La corne de droite servait de support au poignet. Cela a été une première réussite qui a permis à Maxime de rouler comme tout un chacun avec ce VTT.

Par la suite, il a eu un peu plus de force dans le poignet et a pu rouler avec son second VTT (26″) de taille adulte sans modifications. En février 2014, Maxime a acheté un VTT typé cross-country. Le dérailleur séquentiel a été remplacé par une poignée tournant SRAM X0.

Sa pratique du VTT en terrain un peu escarpé s’est améliorée, mais un problème récurrent subsistait : les descentes étaient un exercice toujours risqué. Cela me stressait lorsque nous étions ensemble : ne pas savoir s’il finirait sur son vélo en bas d’une descente un peu technique. Essayez donc de n’utiliser qu’un seul frein. Je vous laisse le choix : l’avant ou l’arrière ? l’arrière semble moins risqué mais n’est pas efficace, l’avant c’est le contraire…

En conséquence, l’idée de trouver une solution s’est vite imposée.

Recherche approfondie :

Après de veines recherches sur internet, j’ai effectué des demandes auprès de deux principaux fournisseurs de matériel vélo (SRAM et Shimano) par le biais de leur site français. La seule réponse a été négative. Aucun d’eux n’a de système spécifique adapté au handicap de Maxime.

Sujet de Bac (septembre 2014- juin 2015):

Maxime a préparé son bac S au lycée Jules Haag. L’une des notes du bac était basée sur un projet technique réalisé en groupe. Pour Maxime le sujet était vite trouvé : proposer un système de frein hydraulique pouvant être actionné d’une seule main, le tout composé de deux circuits séparés pour assurer la sécurité du cycliste en cas de défaillance de l’une des deux voies.

Le sujet a été étudié en incluant des contraintes supplémentaires demandées pour le bac.

Le résultat a été un système avec un seul levier, actionnant une bascule qui appuie sur deux pistons, soit un double maitre-cylindre.

Un prototype a été réalisé à la maison en utilisant une fraiseuse d’établi et des pièces récupérées de freins existants. Ce sujet a reçu un bon accueil de ses professeurs, et a été présenté lors des « Olympiades des sciences de l’ingénieur » à Besançon.

Par contre, il n’a jamais été monté sur un VTT, l’usinage n’étant pas parfait, cela engendrait des fuites hydrauliques. De plus il était très lourd.

Seconde étude :

Durant ses deux années de prépa intégrée au sein de l’UTBM à Sevenans, Maxime a voulu passer plus de temps à faire de la conception mécanique. En dehors du temps scolaire, il a repris tout à zéro et a entrepris une nouvelle étude. J’ai suivi ce sujet comme l’aurait fait un tuteur de stage. Très vite, nous avons décidé d’utiliser le plus possible de pièces du commerce afin de minimiser les coûts et les difficultés, en particulier pour les joints et les membranes de réservoir. Après de longues recherches, seul un fournisseur anglais vendait de très nombreuses pièces à l’unité. Nous avons donc commandé membranes, couvercles et pistons afin de construire un nouveau système autour de ces pièces. Maxime est reparti d’une page branche, a redessiné les pièces achetées puis a fait un premier design en intégrant ces pièces.

Afin de valider l’ergonomie de l’ensemble, en particulier des leviers, il a demandé à ses anciens professeurs de lycée de lui imprimer les pièces en 3D. La conception semblait correcte, mais il a fait quelques modifications sur les leviers et le corps.

Prototype n°1: (printemps 2017)

Mais comment passer à un modèle usiné ? Le coût de l’usinage de pièces sur plan à l’unité est élevé et nous ne savions pas comment le financer.

C’est à ce moment que je me suis rappelé que la société VELUX (mon employeur) dispose d’une fondation qui assiste ses employés ou leurs familles. Notre dossier a été présenté au comité local et a reçu un avis favorable. Cet avis a été validé par la fondation i. C’est ainsi que nous avons fait usiner les leviers par un usineur local. Un ami s’est proposé de nous usiner le corps. Il a du le regretter : il a passé plus d’une trentaines d’heures au vu de la complexité et des nombreux usinages en 3D.

Le montage réalisé, nous avons effectué quelques essais à proximité de la maison. Cela a fonctionné sans grands ajustements. Il a fallu un temps d’adaptation mais Maxime a vite trouvé ses marques avec ce nouveau frein.

Un samedi après midi, Maxime est parti dans les bois aux alentours. Après plus d’une heure, j’ai commencé à m’inquiéter. Quand enfin il est revenu, il m’a sauté au cou et m’a dit « dire qu’il a fallu que j’aie 20 ans pour découvrir qu’un vélo a deux freins », que de temps perdu…

Depuis ce jour sa pratique s’est améliorée, sans parler de sa sécurité.

Maxime a présenté son vélo avec son nouveau frein à mes collègues membres locaux de la fondation, afin de leur monter que les fonds versés avaient été utilisés à bon escient.

Les essais à Belfort :

Entre-temps, Maxime a acheté un VTT d’enduro. Il a monté son nouveau frein sur ce vélo et a commencé de nouveaux essais sur les différentes pistes d’enduro du Salbert, à proximité de Belfort.

Quelques semaines ont passé, et le système ne montrait ni usure ni de faiblesse prématurée.

Un samedi, nous avons fait une séance photo.

Premiers contacts avec Hope France :

Après réflexion, nous avons pris la décision de contacter le fournisseur des pièces que nous avions achetées. J’ai donc appelé Hope France et ce fut le premier contact avec Laurent. Ila été très intéressé par ce que nous avions réalisé. Je lui ai ensuite envoyé quelques photos. La réponse a été rapide et quelques jours plus tard, le 11 mai, il a fait un post sur le site Facebook Hope France ii puis il a transféré ces quelques photos au bureau d’étude situé à Barnoldswick, en Angleterre.

Prototype n°2 :

De mon côté, j’ai modifié la fraiseuse d’établi que j’avais. Je l’ai numérisée à faible coût en utilisant des moteurs pas à pas et en recyclant un ancien PC sur lequel j’ai installé ‘LinuxCNC’. Durant l’hiver j’ai testé celle-ci et j’ai cherché à faire des pièces de plus en plus complexes. C’est ainsi que j’ai usiné un premier levier alors que je n’avais pas de grosses connaissances en usinage, autres que celles apprises au lycée. S’en suivi le levier long, et de longues heures à essayer de faire des surfaces 3D propres. Quand j’ai montré ces deux leviers à Maxime il s’est mis très vite à espérer un second frein. Il avait de son côté entrepris l’achat d’un VTT de descente pour aller rouler en bike-park. Pour lui, il n’est pas possible de louer un vélo, aucun serait adapté à son handicap. La semaine entre Noël et le nouvel an s’est passée au garage. Le corps de second modèle a été réalisé ainsi, avec peu de moyens mais plus de 5 journées d’usinage. Je n’ai pas compté les heures mais c’est certainement près d’une cinquantaine, voir plus.

Eté 2018 :

Maxime et ses amis ont participé à une grande manifestation aux portes de soleil, la Pass’Porte. Nous savions que de nombreux professionnels du VTT seraient présents. Maxime y a roulé avec ses amis le samedi. Le dimanche, il a pris son VTT et l’a présenté au team Hope France présent sur place. Ce fut pour eux la première présentation physique. Maxime a rencontré Laurent, Damien et une troisième personne : un ingénieur français. D’autres personnes se sont montrées intéressées par cette réalisation.

Cela a été le début de quelques semaines chargées en émotions.

La semaine qui suivait, le responsable du syndicat d’initiative de Serre-Chevalier (présent à la Pass’Porte) a proposé à Maxime de s’y rendre afin de rencontrer un groupe d’ingénieurs de Hope UK qui venaient une semaine en France pour faire des essais. Intrigué, j’ai pris contact avec cet homme. Je ne comprenais pas son intérêt par rapport à ce frein ? ni par rapport à Hope ? Les explications qu’il m’a fournies m’ont convaincu et c’est ainsi que nous nous sommes rendus à Serre-Chevalier pour cette rencontre.

Le personnel de Hope UK fut intéressé par cette réalisation. Maxime a passé la journée à rouler avec eux. Ce fut le début d’une histoire dont nous ne pouvions envisager la suite. Nous avons discuté avec tous et en particulier avec Guillaume (celui que j’ai nommé le troisième homme ci-dessus). En fait, c’est lui qui a développé les derniers freins de la gamme Hope.

Ensuite, Maxime a passé les deux semaines suivantes au bike park de Châtel avec son DH. Lors d’une remontée, il a fait la rencontre de Nico Vink. La discussion s’est engagée sur la pratique de Maxime en DH. Il s’est intéressé à son histoire. Arrivé en haut des pistes, des journalistes anglais attendaient Nico pour une séance vidéo. Nico a présenté Maxime à Blake Samson (GMBN). Quelques minutes plus tard, celui-ci faisait une interview improvisée, filmée. En Août elle était en ligne sur le site GMBN iii.

Par la suite, Maxime a tout fait pour essayer de décrocher un stage au bureau d’étude, en Angleterre.

Laurent de Hope France a été le premier à qui nous avons suggéré cette possibilité. Je suis certain qu’il a fait tout son possible, sans nous cacher que cela n’était pas chose facile : le responsable du BE donnant difficilement son accord. Les discussions ont pris plusieurs mois, mais en décembre la bonne nouvelle est tombée : ‘Stage accepté’, avec pour sujet le développement du système mais avec le design des récents Tech3.

Le seul bémol : Maxime avait accepté deux jours plus tôt, un stage proposé par l’école dans une entreprise Alsacienne. Que faire ? Refuser après tant de temps passé à vouloir décrocher ce stage ?

Nous en avons discuté, et avec mon approbation, il a décliné le stage en Alsace.

De Février à Juillet 2019 :

Le stage tant attendu…

Résultat : Le mieux est de lire l’article de Chips, SingleTrack magazine n°126 d’ Août 2019.

Pour ma part, je voudrais juste que la conclusion de Chips soit vraie : « I only hope that Hope is ready for the rush ».

Que dire de plus, si cela peut aider d’autres personnes à rouler en sécurité ?

A suivre…

Photos :

Hope1
Trois modèles réunis. En haut à gauche : sujet du bac (juin 2015), en bas : impression 3D, à droite : Le modèle usiné, avec lequel Maxime roule depuis mai 2017.

Hope2
Le modèle réalisé durant le stage.

Remerciements :

Pour conclure, je tiens à tous vous remercier sincèrement. Vous avez tous apporté une pierre à cet édifice, plus ou moins grande, mais comme lorsque l’on monte un mur, il faut des petites pour soutenir les plus grosses.

Merci à :

  • F*** : la première kiné de Maxime,
  • M*** et O*** : les kinés suite à notre déménagement,
  • Les professeurs au lycée Jules Haag,
  • Les représentants à Marnay de ‘Employee Fundation of the VKR Group’,
  • Ets Gruet pour l’usinage des deux premiers leviers,
  • S*** qui passa beaucoup de temps pour usiner le premier corps,
  • Laurent et Damien, nos premiers interlocuteurs chez Hope France, (premier post le 11/5/2017),
  • Le responsable de l’Office de Tourisme à Serre-Chevalier,
  • Nico Vink et Blake Samson (GMBN) pour cette première diffusion vidéo en Angleterre,
  • L*** responsable du bureau d’étude Hope Technology, pour son accueil chaleureux(*).
  • G***  pour son soutien et sa contribution envers Maxime,
  • Toute l’équipe Hope rencontrée à Serre-Chevalier, puis à Barnoldswick (UK).

@Maxime : j’ai rédigé ces quelques lignes le jour où Super Bruni a décroché son 4ième titre.

* Pour avoir visité de très nombreuses entreprises dans mon travail, c’est la première fois que je suis reçu de la sorte : visite de toute l’entreprise, sans restrictions, présentation de produits et prototypes. Sans compter l’invitation qui a suivi le premier soir.

*** Les noms sont supprimés pour protéger la vie privée des dites personnes

Last news :

5 sept. 2019 : Hope présente officiellement le frein sur le salon ‘Eurobike 2019’ à Friedrischafen (DE).

Lien : https://www.vojomag.com/eurobike-2019-partie-1-trp-zefal-wtb-hope-alpinestars/

Hope3

Modèle présenté par Hope à Eurobike. (Photo Paul Hubert, Vojo)

Notes – Liens :

1:Lien : singletrackworld.com/shop/issue-126/

Employee fundation of the VKR Group’, VKR est plus connu par ses fenêtres de toit : VELUX.

3 ième lien : https://www.facebook.com/hopetechfrance/posts/1862179020701232

4 ième lien vidéo, rechercher la 13 minute : https://www.gmbn.com/video/is-mountain-biking-too-expensive-dirt-shed-show-ep-179

Tous mes remerciements vont à Maxime, Philippe et Hope pour m’avoir permis de retrouver des sensations que je n’avais plus en me permettant de rouler aujourd’hui en toute sécurité grâce à la conception de ce frein 👍

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